Le réel comme point de départ

J’ai construit une grande partie de ma pratique dans l’hyperréalisme. Il m’a appris à observer, à ralentir, à comprendre une lumière, une texture, un visage et tous ces détails que l’œil ne remarque parfois qu’après plusieurs secondes.

Cette exigence reste fondamentale dans mon travail, mais je ne cherche plus la perfection technique comme une finalité.

L’hyperréalisme demande un temps considérable. Or les images et les projets que j’ai envie de faire exister sont trop nombreux. J’essaie donc aujourd’hui de gagner en maîtrise et en vitesse, de conserver une grande richesse de détails là où elle est nécessaire, sans laisser chaque œuvre devenir un territoire sans fin.

« La précision reste un langage à ma disposition. Elle n’est plus une obligation. »
Jérémy Morin réalisant un dessin dans son atelier RealEsthetics

Maîtriser le regard

Le regard reste essentiel dans mon travail, mais je ne le réduis plus seulement aux yeux.

Certains portraits imposent immédiatement un face-à-face. Dans d’autres, les yeux se ferment, disparaissent, se fragmentent ou cessent volontairement d’être le point central de l’image.

Pourtant, le regard reste là.

Il peut être celui du personnage, celui du spectateur ou celui que j’essaie moi-même de construire à travers la composition.

« Maîtriser le regard, c’est décider où l’attention se pose, ce que l’on découvre immédiatement, ce qui apparaît ensuite et ce qui reste volontairement plus difficile à saisir. »

Un visage aux yeux fermés peut parfois raconter davantage qu’un regard directement tourné vers nous.

Faire sortir les images

Le premier brouillon d’une œuvre est souvent dans ma tête.

Une image apparaît. Elle revient quelques heures ou quelques jours plus tard. Elle se transforme, rencontre une autre idée, une couleur, un visage, un mot ou une matière. Certaines restent longtemps en mémoire. D’autres reviennent jusque dans mes rêves.

Je les construis mentalement avant même de savoir comment je vais pouvoir les réaliser.

Pendant longtemps, j’aurais probablement cherché à traduire chacune de ces images avec le maximum de réalisme possible.

Aujourd’hui, je me pose une autre question :

« Ai-je réellement besoin d’autant de détails pour que cette idée soit comprise ? »

De plus en plus souvent, la réponse est non.

Ce qui compte désormais est de trouver la forme capable de faire sortir l’image : réaliste, fragmentée, graphique, colorée, brute, précise ou volontairement incomplète.

L’imperfection fait partie de l’œuvre

Je ne cherche plus nécessairement à faire disparaître toutes les traces de fabrication.

Un visage humain n’est jamais parfaitement symétrique. Une peau porte le temps. Un papier possède son propre grain. Un trait peut avoir été légèrement plus appuyé que prévu, une matière réagir différemment, une limite rester imparfaite.

Ces variations ne sont pas forcément des défauts à supprimer.

Elles témoignent du moment où l’œuvre a été réalisée.

« La matière conserve les décisions, les hésitations et parfois les accidents du geste. »

Je recherche toujours la maîtrise technique, mais je m’intéresse davantage aujourd’hui à la justesse d’une image qu’à une perfection totalement lisse.

Plus grand, plus libre

Mon travail évolue aujourd’hui vers des formats plus grands, des compositions plus ambitieuses et des techniques de plus en plus hybrides.

Je veux continuer à confronter les techniques classiques du dessin à la couleur, au collage, à la peinture, à la lumière et aux possibilités offertes par les technologies contemporaines.

Je passe volontiers d’une technique à une autre, j’expérimente des supports, des matières et des façons différentes de construire une image.

L’objectif n’est pas d’accumuler les effets, mais de trouver pour chaque idée le langage qui lui correspond.

« Faire plus grand, plus imposant, parfois plus spectaculaire, tout en conservant ce qui constitue le point de départ de mon travail : l’observation, la présence et la matière. »
Œuvres de Jérémy Morin réunies dans l’atelier RealEsthetics

More than reality

« Dépasser le réel ne signifie pas nécessairement s’en éloigner. Parfois, il suffit simplement de lui permettre de devenir autre chose. »